Guide pratique pour sécuriser vos imprimantes réseau et périphériques

Guide pratique pour sécuriser vos imprimantes réseau et périphériques

Sommaire

Introduction

👉 Pourquoi les imprimantes et périphériques connectés sont devenus un angle mort de la cybersécurité

Pendant longtemps, la cybersécurité en entreprise s’est concentrée sur des périmètres bien identifiés : les serveurs, les postes de travail, les applications métiers, les réseaux et, plus récemment, les environnements cloud. Dans cette cartographie classique du système d’information, certains équipements sont restés en périphérie de la réflexion stratégique. Les imprimantes réseau, scanners multifonctions, systèmes de badgeage, équipements de visioconférence ou autres périphériques connectés ont souvent été considérés comme des composants techniques secondaires, relevant davantage de l’infrastructure bureautique que de la sécurité du SI.

Cette perception est désormais obsolète.

Dans les systèmes d’information modernes, ces équipements sont devenus des nœuds connectés à part entière, intégrés au réseau interne, capables de stocker des données, d’exécuter du code, d’interagir avec des services cloud et de manipuler des informations parfois sensibles. Leur niveau de sophistication technologique, combiné à un niveau de supervision souvent insuffisant, en fait aujourd’hui une surface d’attaque réelle et documentée, identifiée par des organismes comme l’ANSSI, l’ENISA ou le NIST dans leurs travaux sur la sécurité des équipements connectés et de l’IoT professionnel.

Ce décalage entre leur importance technique et leur prise en compte dans la gouvernance cyber explique pourquoi les imprimantes réseau et périphériques connectés constituent désormais un angle mort de la cybersécurité organisationnelle.

👉 Transformation des environnements de travail et multiplication des équipements connectés

La transformation numérique des organisations s’est accompagnée d’une densification rapide des équipements connectés dans les environnements professionnels. Là où un réseau d’entreprise hébergeait essentiellement des postes utilisateurs et quelques serveurs, il inclut aujourd’hui une grande variété d’équipements :

  • imprimantes multifonctions connectées,
  • scanners réseau,
  • systèmes de gestion documentaire,
  • équipements de visioconférence,
  • dispositifs IoT métiers,
  • solutions d’impression cloud,
  • périphériques mobiles et postes hybrides.

Dans une PME européenne de services, il n’est pas rare de trouver plusieurs imprimantes multifonctions reliées à un annuaire d’entreprise pour l’authentification, configurées pour envoyer des documents numérisés par e-mail ou vers un stockage cloud. Dans une collectivité territoriale ou un hôpital, ces équipements peuvent traiter quotidiennement des documents administratifs, financiers ou médicaux sensibles.

Parallèlement, la généralisation du télétravail, du cloud et des environnements hybrides a transformé la façon dont ces périphériques sont utilisés. Les imprimantes ne sont plus uniquement connectées à un réseau local isolé : elles peuvent désormais interagir avec des services distants, des plateformes SaaS ou des solutions d’impression managées accessibles via Internet.

Cette évolution rapproche progressivement les périphériques connectés du modèle IoT professionnel, avec les mêmes enjeux de sécurité : authentification, mises à jour firmware, segmentation réseau, supervision et gestion des vulnérabilités.

👉 Les imprimantes réseau comme actifs critiques du système d’information

Une imprimante multifonction moderne est, en pratique, un système informatique embarqué. Elle dispose généralement :

  • d’un système d’exploitation (souvent Linux embarqué),
  • d’un stockage interne,
  • de services réseau exposés,
  • d’une interface d’administration web,
  • de mécanismes d’authentification,
  • de fonctions de journalisation.

Certaines imprimantes conservent temporairement — voire durablement — des copies de documents imprimés ou numérisés sur leur disque interne. Dans des environnements métiers comme la finance, la santé ou le secteur public, ces documents peuvent contenir des données personnelles, des informations contractuelles ou des éléments stratégiques.

Du point de vue d’un attaquant, une imprimante réseau présente plusieurs caractéristiques intéressantes :

  • elle est connectée en permanence au réseau interne ;
  • elle est rarement surveillée par les outils de sécurité traditionnels ;
  • elle utilise parfois des protocoles anciens ou mal configurés ;
  • elle bénéficie rarement du même niveau de durcissement que les serveurs ou postes de travail.

Dans plusieurs analyses d’incidents documentées par le NIST et l’ENISA, des périphériques connectés mal sécurisés ont servi de point d’entrée discret dans des réseaux d’entreprise, permettant ensuite des mouvements latéraux ou de la reconnaissance interne.

Pour un RSSI ou une DSI, considérer les imprimantes comme de simples équipements bureautiques revient donc à sous-estimer un actif technique capable d’influencer la sécurité globale du SI.

👉 Risque croissant lié aux périphériques IoT professionnels

Les imprimantes réseau s’inscrivent dans une tendance plus large : la montée en puissance de l’IoT professionnel (Enterprise IoT). Selon plusieurs rapports ENISA sur la sécurité de l’IoT, la difficulté principale ne réside pas uniquement dans les vulnérabilités techniques, mais dans la gouvernance de ces équipements :

  • inventaires incomplets,
  • responsabilités floues entre équipes IT et métiers,
  • cycles de mise à jour irréguliers,
  • dépendance à des prestataires externes,
  • faible intégration dans les politiques de sécurité existantes.

Dans une ETI industrielle, par exemple, il n’est pas rare que les imprimantes soient administrées par un prestataire d’infogérance ou par un service logistique, sans intégration complète dans les processus de gestion des actifs IT ou de gestion des vulnérabilités.

Dans une administration publique, certaines imprimantes peuvent rester en production pendant de nombreuses années, avec des firmwares rarement mis à jour, augmentant progressivement leur exposition aux vulnérabilités connues.

Ces situations ne résultent pas d’un manque de compétence, mais d’une priorisation historique des risques cyber sur d’autres périmètres. Or, l’augmentation des attaques exploitant les équipements connectés oblige désormais les organisations à élargir leur périmètre de sécurité.

👉 Objectifs du guide : comprendre, sécuriser et gouverner ces équipements

Ce guide a pour objectif d’accompagner dirigeants, DSI et RSSI dans une prise de conscience structurée et opérationnelle de la sécurité des imprimantes réseau et périphériques connectés.

Il poursuit trois objectifs complémentaires.

Le premier consiste à clarifier la nature réelle du risque, en expliquant pourquoi ces équipements constituent aujourd’hui une surface d’attaque crédible dans des systèmes d’information modernisés, hybrides et fortement interconnectés.

Le deuxième vise à structurer les réponses techniques et organisationnelles, en s’appuyant sur des référentiels reconnus tels que ceux de l’ANSSI, de l’ENISA, du NIST ou de l’ISO 27001. L’objectif n’est pas d’ajouter une couche de complexité, mais d’intégrer la sécurité des périphériques connectés dans les pratiques existantes de gestion des actifs, de segmentation réseau, de supervision et de gouvernance cyber.

Le troisième objectif est d’aider les décideurs à transformer un sujet technique marginal en levier de maturité cyber, en montrant comment la sécurisation des imprimantes réseau peut s’inscrire dans une démarche globale de résilience numérique.

À mesure que les organisations deviennent plus dépendantes d’équipements connectés et de services numériques distribués, la capacité à sécuriser l’ensemble des composants du système d’information — y compris les plus discrets — devient un facteur déterminant de confiance, de conformité et de continuité d’activité.

C’est précisément dans cette perspective que s’inscrit ce guide.

Chapitre 1 — Imprimantes réseau et périphériques connectés : une surface d’attaque sous-estimée

👉 Comprendre pourquoi ces équipements représentent un risque cyber réel

Dans la plupart des organisations, les imprimantes réseau et périphériques connectés sont encore perçus comme des composants techniques secondaires, relevant de la bureautique ou de la logistique informatique. Pourtant, leur évolution technologique et leur intégration dans les systèmes d’information modernes les placent désormais au même niveau d’exposition que d’autres actifs numériques critiques.

Ce chapitre vise à expliquer pourquoi ces équipements constituent aujourd’hui une surface d’attaque crédible et documentée, en analysant leur transformation technique, leur intégration dans les infrastructures IT et leur place encore insuffisamment formalisée dans la gouvernance de la cybersécurité.

1.1 Évolution des périphériques d’impression dans les systèmes d’information modernes

Les périphériques d’impression ont connu une transformation silencieuse mais profonde au cours des vingt dernières années. Là où les imprimantes étaient autrefois des équipements simples, connectés localement à un poste de travail, elles sont devenues des systèmes réseau multifonctions intégrés au SI.

Dans une organisation contemporaine, une imprimante multifonction peut :

  • être connectée à un annuaire d’entreprise (Active Directory ou équivalent),
  • envoyer des documents vers un stockage cloud ou un serveur documentaire,
  • recevoir des tâches d’impression via Internet,
  • intégrer un système d’authentification par badge ou carte,
  • exposer une interface d’administration web,
  • maintenir un journal d’activité.

Cette évolution accompagne la transformation numérique des environnements de travail. L’impression n’est plus seulement un service local, mais un service d’infrastructure connecté, souvent intégré dans des solutions de gestion documentaire, de workflow ou d’archivage numérique.

Dans une PME de conseil, par exemple, les imprimantes peuvent être configurées pour numériser automatiquement des contrats vers un espace SharePoint ou un système GED. Dans un établissement hospitalier, elles peuvent servir à imprimer des dossiers patients ou des prescriptions médicales. Dans une collectivité, elles participent au traitement administratif quotidien.

Dans ces contextes, l’imprimante devient un point de transit de données sensibles, et donc un composant du système d’information à protéger au même titre que les autres équipements.

1.2 Convergence IT / IoT / OT dans les environnements professionnels

L’évolution des imprimantes réseau s’inscrit dans une dynamique plus large : la convergence progressive entre IT traditionnel, IoT professionnel et systèmes opérationnels (OT).

Les périphériques connectés en entreprise incluent désormais :

  • imprimantes multifonctions,
  • systèmes de badgeage,
  • caméras IP,
  • équipements de visioconférence,
  • capteurs industriels,
  • terminaux métiers spécialisés.

Selon plusieurs analyses de l’ENISA sur la sécurité de l’IoT professionnel, ces équipements partagent plusieurs caractéristiques :

  • systèmes embarqués souvent difficiles à maintenir,
  • cycles de vie plus longs que les postes de travail,
  • dépendance à des fournisseurs ou prestataires externes,
  • intégration incomplète dans les processus de sécurité IT.

Dans une ETI industrielle, par exemple, les imprimantes réseau peuvent coexister avec des équipements industriels connectés sur des segments réseau proches, créant un environnement hybride où les frontières entre IT et OT deviennent moins nettes.

Cette convergence augmente la complexité de la gestion des risques, car elle introduit dans le SI des équipements qui ne sont pas toujours conçus selon les mêmes exigences de sécurité que les infrastructures informatiques classiques.

Le NIST, dans ses travaux sur la sécurité de l’IoT et des équipements connectés, souligne que ces dispositifs constituent souvent des points d’entrée involontaires dans les réseaux d’entreprise, en raison de configurations par défaut insuffisamment sécurisées ou de mises à jour irrégulières.

1.3 Imprimantes multifonctions comme systèmes embarqués complets

Une imprimante multifonction moderne doit être considérée comme un ordinateur spécialisé, doté d’un environnement logiciel complet.

Elle embarque généralement :

  • un système d’exploitation,
  • un stockage interne,
  • une pile réseau complète,
  • des services applicatifs,
  • un firmware maintenu par le constructeur.

Certaines imprimantes disposent même de disques durs internes capables de conserver temporairement ou durablement des documents traités.

Du point de vue de la sécurité, cela signifie que ces équipements peuvent être :

  • ciblés par des vulnérabilités logicielles,
  • utilisés comme relais réseau,
  • exploités pour accéder à des données,
  • manipulés via leurs interfaces d’administration.

L’ANSSI rappelle, dans ses recommandations sur la sécurisation des postes de travail et des équipements connectés, que tout dispositif disposant d’une connectivité réseau et d’une capacité de traitement doit être considéré comme un actif informatique à part entière.

Dans un grand groupe, une imprimante mal configurée pourrait exposer une interface d’administration accessible depuis le réseau interne sans authentification forte. Dans une PME, un firmware obsolète pourrait contenir une vulnérabilité connue permettant une exécution de code à distance.

Ces scénarios ne sont pas théoriques : ils ont été observés dans plusieurs audits de sécurité d’infrastructures bureautiques et documentaires.

1.4 Visibilité limitée dans les inventaires de sécurité

L’un des principaux défis liés aux périphériques connectés est leur visibilité insuffisante dans les inventaires d’actifs IT.

Les processus de gestion des actifs informatiques sont généralement bien établis pour :

  • les postes de travail,
  • les serveurs,
  • les applications métiers,
  • les équipements réseau.

En revanche, les imprimantes et périphériques connectés peuvent être :

  • gérés par un prestataire externe,
  • installés en dehors des procédures IT standards,
  • non intégrés dans les outils d’inventaire automatisé,
  • absents des campagnes de gestion des vulnérabilités.

Dans une administration publique, par exemple, des imprimantes peuvent être déployées dans différents bâtiments sans intégration systématique dans la CMDB ou les outils de supervision de sécurité.

Dans une PME, l’installation d’une imprimante peut être réalisée rapidement pour répondre à un besoin opérationnel, sans intégration formelle dans les politiques de sécurité ou les procédures de patch management.

Le NIST et l’ENISA soulignent régulièrement que la méconnaissance des actifs connectés constitue un facteur majeur de risque cyber.

Un équipement non inventorié est difficile à surveiller, à mettre à jour et à protéger.

1.5 Exposition réseau et dépendance aux protocoles historiques

Les imprimantes réseau reposent souvent sur des protocoles historiques de l’infrastructure IT, parfois conçus à une époque où la sécurité n’était pas une priorité.

On retrouve fréquemment :

  • SNMP mal configuré,
  • protocoles d’impression réseau anciens,
  • interfaces d’administration accessibles en HTTP,
  • services réseau exposés par défaut.

Dans certaines organisations, ces protocoles restent activés pour assurer la compatibilité avec des systèmes anciens ou des logiciels métiers spécifiques.

Cette dépendance à des protocoles hérités peut créer une surface d’exposition supplémentaire, en particulier lorsque les imprimantes sont accessibles depuis plusieurs segments réseau.

Dans un environnement cloud hybride, une imprimante connectée à un réseau d’entreprise peut indirectement interagir avec des systèmes critiques via des services d’authentification, de messagerie ou de stockage.

Sans segmentation réseau adaptée, ces équipements peuvent devenir des points d’observation ou de pivot dans le réseau interne.

L’ANSSI recommande explicitement la segmentation des équipements connectés et la limitation des services réseau exposés pour réduire ce type de risque.

1.6 Conséquences pour la gouvernance SI et la gestion des risques

La montée en complexité des périphériques connectés impose une évolution de la gouvernance du système d’information.

La sécurité des imprimantes réseau ne peut plus être considérée comme une question purement technique ou opérationnelle. Elle doit être intégrée dans :

  • la gestion des actifs,
  • la gestion des vulnérabilités,
  • la segmentation réseau,
  • la gestion des fournisseurs,
  • les politiques de sécurité du SI.

Pour une DSI, cela signifie reconnaître ces équipements comme faisant partie du périmètre de sécurité du SI.

Pour un RSSI, cela implique d’intégrer les périphériques connectés dans :

  • les analyses de risques,
  • les audits de sécurité,
  • les plans de remédiation,
  • les exercices de gestion d’incident.

Dans une ETI ou un grand groupe, cette évolution peut nécessiter une coordination entre plusieurs acteurs : équipes IT, sécurité, achats, infogérance et métiers.

Dans une PME, elle passe souvent par une formalisation progressive des pratiques, en commençant par l’inventaire des équipements et la mise à jour des configurations de base.

👉 Synthèse opérationnelle

Pourquoi les périphériques connectés doivent entrer dans le périmètre cyber stratégique

La transformation des imprimantes réseau et des périphériques connectés les a fait passer du statut d’équipements bureautiques à celui de composants du système d’information connectés, intelligents et potentiellement exposés.

Plusieurs facteurs expliquent leur importance croissante dans la gestion des risques cyber :

  • leur intégration dans les flux documentaires et métiers,
  • leur connectivité permanente au réseau interne,
  • leur capacité à traiter et stocker des données,
  • leur faible visibilité dans les dispositifs de sécurité traditionnels,
  • leur dépendance à des configurations et firmwares parfois anciens.

Pour les dirigeants, la question n’est plus de savoir si ces équipements doivent être sécurisés, mais comment les intégrer efficacement dans la gouvernance du SI.

Pour la DSI et le RSSI, l’enjeu consiste à faire évoluer la perception de ces périphériques : ils ne sont plus seulement des équipements d’infrastructure, mais des actifs numériques nécessitant une gestion de sécurité comparable à celle d’autres composants du SI.

Intégrer les imprimantes réseau et périphériques connectés dans la stratégie de cybersécurité constitue une étape essentielle vers une vision complète et cohérente du risque numérique, indispensable dans des systèmes d’information hybrides et fortement interconnectés.

Chapitre 2 — Menaces et vulnérabilités des imprimantes réseau

👉 Comprendre les risques techniques et opérationnels

Après avoir établi que les imprimantes réseau et périphériques connectés constituent désormais des composants à part entière du système d’information, il est essentiel d’analyser concrètement les menaces qui les ciblent. Contrairement à une perception encore répandue, ces équipements ne sont pas seulement exposés à des incidents de configuration ou de maintenance : ils peuvent être intégrés dans des chaînes d’attaque structurées, documentées par les agences de cybersécurité comme l’ANSSI, l’ENISA et le NIST.

Ce chapitre propose une analyse détaillée des vulnérabilités techniques et des scénarios d’attaque plausibles impliquant des imprimantes réseau, en les replaçant dans le contexte opérationnel des organisations.

2.1 Typologie des attaques ciblant les imprimantes réseau

Les imprimantes réseau peuvent être ciblées pour plusieurs objectifs distincts, qui correspondent aux grandes catégories d’attaques observées dans les systèmes d’information.

Certaines attaques visent l’accès initial au réseau interne. Une imprimante mal configurée, exposant un service d’administration accessible sans authentification forte, peut servir de point d’entrée discret dans une infrastructure.

D’autres attaques ont pour objectif la collecte d’informations. Les imprimantes peuvent stocker temporairement des documents imprimés, des journaux d’activité ou des informations de configuration réseau, qui peuvent intéresser un attaquant.

Enfin, certaines campagnes malveillantes utilisent ces équipements comme relais pour des activités ultérieures, par exemple pour effectuer des scans réseau internes ou tenter d’accéder à d’autres systèmes.

Dans une PME, un attaquant pourrait exploiter une interface web d’administration exposée pour récupérer des paramètres réseau. Dans un grand groupe, une imprimante compromise pourrait servir de point d’observation discret sur un segment réseau interne.

Ces scénarios correspondent à des techniques d’attaque décrites dans les référentiels MITRE ATT&CK et dans plusieurs analyses de sécurité d’infrastructures bureautiques.

2.2 Vulnérabilités firmware et systèmes embarqués

Les imprimantes multifonctions reposent sur des firmwares complexes, développés et maintenus par les constructeurs. Comme tout logiciel, ces firmwares peuvent contenir des vulnérabilités exploitables.

Le principal défi réside dans le cycle de mise à jour. Contrairement aux postes de travail, les imprimantes ne sont pas toujours intégrées dans les processus de gestion des correctifs de sécurité.

Dans certaines organisations, les mises à jour firmware sont rares, car elles nécessitent des interventions planifiées ou dépendent de contrats de maintenance avec des fournisseurs.

Le NIST souligne que les équipements IoT et embarqués présentent souvent un niveau de patching inférieur à celui des systèmes informatiques traditionnels, ce qui augmente leur exposition dans le temps.

Un exemple concret peut être observé dans une ETI où des imprimantes déployées depuis plusieurs années continuent d’utiliser un firmware ancien, comportant des vulnérabilités publiquement documentées. Même si ces failles ne sont pas activement exploitées, leur existence constitue un risque structurel.

Pour la DSI et le RSSI, cela implique de considérer les firmwares des périphériques connectés comme des composants logiciels critiques nécessitant une gestion de cycle de vie.

2.3 Protocoles d’impression non sécurisés (IPP, LPD, SNMP, FTP)

Les imprimantes réseau utilisent plusieurs protocoles standardisés pour assurer leurs fonctions d’impression, d’administration et de supervision. Certains de ces protocoles ont été conçus avant la généralisation des exigences modernes de cybersécurité.

On retrouve notamment :

  • LPD (Line Printer Daemon),
  • SNMP en version non sécurisée,
  • FTP pour certaines fonctions de transfert,
  • interfaces d’administration HTTP,
  • services d’impression réseau sans authentification forte.

Ces protocoles peuvent exposer des informations sensibles, comme la configuration réseau, les identifiants ou les journaux d’activité.

Dans un environnement où ces services sont accessibles depuis plusieurs segments réseau, ils peuvent faciliter la reconnaissance réseau par un attaquant.

L’ANSSI recommande, dans ses guides de sécurisation des équipements connectés, de désactiver les services inutiles, privilégier les versions sécurisées des protocoles et limiter l’exposition réseau.

Dans une collectivité territoriale, par exemple, l’activation de SNMP avec des chaînes de communauté par défaut pourrait permettre à un acteur malveillant interne de récupérer des informations d’infrastructure.

2.4 Attaques par rebond réseau et pivot interne

Une imprimante réseau compromise peut être utilisée comme point de rebond dans une attaque interne. Ce scénario est particulièrement pertinent dans les architectures où la segmentation réseau est limitée.

Une fois un accès obtenu à l’équipement, un attaquant peut tenter d’explorer le réseau interne, d’identifier d’autres systèmes ou de relayer du trafic.

Ce type de comportement correspond à la phase de mouvement latéral décrite dans les modèles d’attaque du NIST et du MITRE ATT&CK.

Dans un grand groupe disposant de plusieurs sites interconnectés, une imprimante située dans une zone peu surveillée pourrait devenir un point de pivot entre différents segments réseau.

Dans une PME, l’absence de segmentation entre le réseau bureautique et les équipements connectés peut faciliter ce type de scénario.

La sécurité des imprimantes réseau ne concerne donc pas uniquement l’équipement lui-même, mais également l’architecture réseau globale.

2.5 Interception de documents et fuite de données sensibles

Les imprimantes traitent régulièrement des documents contenant des informations sensibles : contrats, factures, données RH, informations médicales ou documents juridiques.

Ces données peuvent être exposées de plusieurs manières :

  • stockage temporaire sur le disque interne de l’imprimante,
  • transmission réseau non chiffrée,
  • récupération physique de documents imprimés,
  • journaux d’impression accessibles.

Dans un cabinet d’avocats, par exemple, une imprimante multifonction pourrait contenir temporairement des documents confidentiels numérisés. Dans un hôpital, des informations médicales pourraient transiter par un périphérique insuffisamment sécurisé.

Le RGPD impose aux organisations de protéger les données personnelles, y compris lorsqu’elles transitent par des équipements périphériques.

Le risque ne se limite donc pas à une compromission technique, mais inclut également un risque de non-conformité réglementaire.

2.6 Exploitation des fonctions de numérisation vers e-mail ou cloud

Les fonctions de numérisation vers e-mail, vers des serveurs de fichiers ou vers des services cloud sont devenues courantes dans les imprimantes multifonctions.

Ces fonctionnalités reposent souvent sur :

  • des comptes de service,
  • des configurations SMTP,
  • des accès à des espaces de stockage réseau ou cloud.

Une mauvaise configuration peut permettre :

  • l’envoi non autorisé de documents,
  • l’utilisation abusive du serveur de messagerie,
  • l’accès à des répertoires partagés.

Dans une organisation utilisant Microsoft 365 ou Google Workspace, une imprimante peut disposer d’identifiants permettant l’envoi automatique de documents vers des comptes internes.

Si ces identifiants sont exposés ou mal protégés, ils peuvent être exploités dans une attaque plus large visant l’infrastructure de messagerie ou le stockage cloud.

Ce type de risque illustre l’intégration croissante des périphériques connectés dans les services numériques de l’entreprise.

2.7 Retours d’expérience issus de rapports ENISA et NIST

Les agences de cybersécurité européennes et internationales soulignent régulièrement les risques associés aux équipements connectés et aux périphériques réseau.

L’ENISA, dans ses analyses sur la sécurité de l’IoT et des infrastructures numériques, identifie plusieurs facteurs récurrents :

  • configurations par défaut conservées,
  • mises à jour irrégulières,
  • manque d’inventaire des équipements,
  • dépendance aux fournisseurs.

Le NIST, dans ses publications sur la gestion des incidents et la sécurité des systèmes embarqués, insiste sur la nécessité d’intégrer ces équipements dans les processus de sécurité standard.

Ces recommandations convergent vers une conclusion claire : les périphériques connectés doivent être considérés comme des actifs informatiques exposés, et non comme des équipements passifs.

👉 Synthèse opérationnelle

Cartographie des menaces prioritaires pour PME, ETI, grands groupes et secteur public

Les imprimantes réseau et périphériques connectés présentent un ensemble de vulnérabilités techniques et opérationnelles qui peuvent être exploitées dans différents contextes organisationnels.

Pour une PME, les risques principaux concernent souvent la configuration par défaut, l’absence de mises à jour firmware et le manque de segmentation réseau.

Pour une ETI, les enjeux incluent la gestion du cycle de vie des équipements, l’intégration dans les processus de sécurité et la supervision des accès réseau.

Dans les grands groupes et le secteur public, la complexité des infrastructures et la multiplicité des équipements augmentent le risque lié à la visibilité et à la gouvernance de ces actifs.

La sécurisation des imprimantes réseau doit donc s’inscrire dans une approche globale de gestion des actifs connectés, intégrant :

  • la gestion des vulnérabilités,
  • la segmentation réseau,
  • la protection des données,
  • la gouvernance des équipements IoT professionnels.

Comprendre ces menaces constitue une étape indispensable pour définir une stratégie de protection cohérente et adaptée au contexte de l’organisation.

Chapitre 3 — Impacts métier et risques organisationnels

👉 Du périphérique négligé à l’incident de sécurité majeur

Dans de nombreuses organisations, les imprimantes réseau et périphériques connectés restent perçus comme des équipements techniques secondaires. Pourtant, leur compromission peut produire des effets comparables à ceux d’un poste de travail compromis ou d’un serveur exposé.

Pour un RSSI ou un DSI, la problématique n’est pas seulement technique : elle concerne la continuité d’activité, la conformité réglementaire, la protection des données et la gouvernance des risques.

Ce chapitre met en perspective les impacts concrets pour les métiers et les organisations.

3.1 Compromission du réseau interne via un périphérique d’impression

Une imprimante réseau compromise peut devenir un point d’entrée discret dans le système d’information.

Contrairement aux postes de travail :

  • ces équipements sont rarement surveillés par l’EDR,
  • ils ne sont pas toujours intégrés au SIEM,
  • leurs mises à jour sont irrégulières,
  • leurs comptes d’administration restent souvent par défaut.

Pour un attaquant, une imprimante multifonction représente un pivot idéal dans une attaque de type post-exploitation.

Exemple de scénario d’attaque

  1. Exploitation d’une vulnérabilité firmware
  2. Accès au réseau interne
  3. Découverte Active Directory
  4. Mouvement latéral vers un serveur de fichiers
  5. Déploiement d’un ransomware

Dans ce type d’attaque, l’imprimante n’est pas la cible finale, mais un relais discret permettant de contourner les mécanismes de défense traditionnels.

Implication DSI / RSSI

Les périphériques d’impression doivent être considérés comme :

  • des actifs réseau à part entière
  • des nœuds potentiels de compromission
  • des éléments du périmètre de détection SOC

3.2 Exfiltration de données sensibles ou réglementées

Les imprimantes multifonctions manipulent quotidiennement :

  • contrats
  • documents RH
  • données financières
  • dossiers médicaux
  • informations juridiques
  • plans industriels
  • documents stratégiques

Ces données peuvent être :

  • stockées temporairement sur disque interne
  • transmises via le réseau
  • envoyées vers des services cloud
  • récupérées via les files d’impression

Une imprimante compromise peut donc devenir un point d’exfiltration silencieux.

Exemple métier — Ressources humaines

Une imprimante utilisée pour :

  • contrats de travail
  • bulletins de salaire
  • dossiers disciplinaires

Si l’équipement conserve un cache disque non chiffré, une extraction physique ou réseau peut exposer des données sensibles.

Exemple métier — Industrie

Une imprimante connectée au réseau d’ingénierie peut exposer :

  • schémas techniques
  • nomenclatures
  • prototypes
  • documents de production

Le risque dépasse alors la cybersécurité pour devenir un enjeu de propriété intellectuelle.

3.3 Risques RGPD liés aux documents imprimés ou stockés

Les périphériques d’impression sont souvent oubliés dans les analyses d’impact RGPD (DPIA).

Pourtant, ils participent directement aux traitements de données personnelles :

  • impression de données clients
  • numérisation de pièces d’identité
  • archivage temporaire de documents
  • envoi par e-mail de documents scannés

Risques RGPD associés

  • accès non autorisé aux documents stockés
  • interception de numérisations
  • divulgation accidentelle
  • absence de journalisation
  • conservation excessive de données

Une imprimante multifonction peut donc constituer un système de traitement de données personnelles non maîtrisé.

Pour le DPO, la DSI et le RSSI, cela implique :

  • l’intégration dans la cartographie des traitements
  • la définition de politiques de rétention
  • la mise en place de contrôles d’accès
  • la traçabilité des usages

3.4 Continuité d’activité et dépendance aux services d’impression

Dans de nombreux secteurs, les services d’impression restent critiques :

Secteur santé

  • prescriptions
  • dossiers patients
  • étiquettes médicales
  • résultats d’examens

Secteur public

  • documents administratifs
  • dossiers citoyens
  • procédures réglementaires

Logistique

  • bons de livraison
  • étiquettes d’expédition
  • documents douaniers

Industrie

  • ordres de fabrication
  • fiches qualité
  • documentation technique

Une attaque visant les imprimantes peut entraîner :

  • blocage opérationnel
  • ralentissement de production
  • interruption de services
  • dégradation de la qualité de service

Un ransomware ciblant les serveurs d’impression peut suffire à paralyser une chaîne métier entière.

3.5 Impacts financiers, juridiques et réputationnels

La compromission d’un périphérique d’impression peut avoir des conséquences indirectes majeures.

Impacts financiers

  • arrêt de production
  • coûts de remédiation
  • remplacement d’équipements
  • intervention d’experts
  • pertes d’exploitation

Impacts juridiques

  • violation de données personnelles
  • non-conformité réglementaire
  • litiges contractuels
  • sanctions administratives

Impacts réputationnels

Une fuite de documents imprimés peut affecter :

  • la confiance des clients
  • la relation partenaires
  • l’image de marque
  • la crédibilité de la gouvernance IT

Dans certains cas, l’origine de l’incident (une imprimante) accentue la perception de négligence organisationnelle.

3.6 Cas réels d’incidents impliquant des imprimantes connectées

Plusieurs incidents documentés montrent que les périphériques d’impression ne sont plus théoriques dans la menace cyber.

Cas 1 — Exploitation d’imprimantes exposées sur Internet

Des campagnes de recherche automatisée ont identifié des milliers d’imprimantes accessibles via :

  • port 9100
  • SNMP public
  • interfaces web non sécurisées

Certaines ont été utilisées pour :

  • imprimer des messages malveillants
  • récupérer des informations réseau
  • lancer des attaques internes.

Cas 2 — Fuite de données via disque d’imprimante

Lors de la revente d’équipements multifonctions, des chercheurs ont retrouvé :

  • dossiers médicaux
  • documents financiers
  • copies de passeports
  • contrats juridiques

Le stockage interne n’avait jamais été effacé.

Cas 3 — Pivot réseau via périphérique IoT

Dans plusieurs exercices de red teaming, des imprimantes vulnérables ont permis :

  • la découverte du réseau interne
  • la récupération d’identifiants
  • l’accès à des serveurs critiques.

Ces incidents confirment que la menace est opérationnelle et non théorique.

👉 Synthèse opérationnelle

Indicateurs de risque métier à surveiller par la DSI et le COMEX

Les imprimantes réseau ne doivent plus être considérées comme de simples périphériques bureautiques, mais comme des actifs numériques manipulant des données sensibles et connectés au cœur du SI.

Indicateurs de risque clés

Un RSSI ou une DSI devrait suivre notamment :

  • pourcentage d’imprimantes inventoriées
  • taux de mise à jour firmware
  • présence de stockage interne non chiffré
  • segmentation réseau des périphériques
  • journalisation des usages
  • intégration dans la supervision SOC
  • exposition réseau externe
  • dépendance métier aux services d’impression

👉 Message stratégique pour les dirigeants

Le risque lié aux imprimantes connectées se situe à l’intersection de :

  • la cybersécurité
  • la conformité
  • la continuité d’activité
  • la gouvernance des actifs numériques

Ignorer ces équipements revient à laisser une surface d’attaque non maîtrisée au sein du système d’information.

La sécurisation des périphériques d’impression doit désormais faire partie :

  • de la stratégie cybersécurité
  • de la gestion des risques SI
  • des politiques de gouvernance des actifs connectés.

Chapitre 4 — Référentiels et exigences réglementaires

👉 Inscrire la sécurité des périphériques dans un cadre reconnu

La sécurisation des imprimantes réseau et des périphériques connectés ne doit pas être abordée uniquement sous l’angle technique. Elle doit s’inscrire dans un cadre normatif, réglementaire et méthodologique structuré, aligné avec les pratiques reconnues par les autorités nationales et internationales de cybersécurité.

Pour un RSSI ou un DSI, l’objectif est double :

  • assurer la conformité réglementaire et normative
  • intégrer ces équipements dans la gouvernance globale de la sécurité du SI

Ce chapitre met en perspective les principaux référentiels applicables.

4.1 Recommandations ANSSI sur les équipements connectés et postes de travail

L’ANSSI ne publie pas de guide dédié uniquement aux imprimantes réseau, mais ses recommandations couvrent explicitement les équipements connectés, systèmes embarqués et postes de travail spécialisés, ce qui inclut les périphériques d’impression multifonctions.

Plusieurs principes s’appliquent directement.

Gestion des actifs

Les guides d’hygiène informatique ANSSI imposent :

  • l’inventaire exhaustif des équipements connectés
  • la classification des actifs
  • la maîtrise du cycle de vie
  • la gestion des configurations

Une imprimante réseau doit être traitée comme un équipement informatique administrable, et non comme un simple périphérique bureautique.

Cloisonnement réseau

L’ANSSI recommande :

  • la segmentation réseau
  • la limitation des flux
  • l’isolation des équipements IoT
  • le filtrage inter-zones

Les imprimantes doivent idéalement être placées dans :

  • un VLAN dédié
  • une zone technique contrôlée
  • une architecture de type Zero Trust.

Durcissement des équipements

Les principes ANSSI applicables incluent :

  • suppression des comptes par défaut
  • désactivation des services inutiles
  • mise à jour régulière du firmware
  • chiffrement des communications
  • authentification forte pour l’administration.

Ces mesures sont particulièrement critiques pour les imprimantes multifonctions.

Implication RSSI / DSI

L’ANSSI pousse implicitement les organisations à considérer ces équipements comme :

  • des actifs du SI
  • des points d’administration
  • des vecteurs d’attaque potentiels.

4.2 ENISA et la sécurité de l’IoT en entreprise

L’ENISA considère les périphériques connectés comme une composante majeure de la surface d’attaque moderne.

Les imprimantes réseau entrent dans la catégorie :

  • IoT d’entreprise
  • systèmes embarqués connectés
  • endpoints non traditionnels.

Principes ENISA applicables

Les recommandations de l’ENISA sur l’IoT en entreprise reposent sur :

Security by design

  • configurations sécurisées par défaut
  • gestion des identités
  • chiffrement
  • contrôle d’accès.

Lifecycle security

  • inventaire
  • mise à jour firmware
  • gestion de vulnérabilités
  • fin de vie sécurisée.

Monitoring

  • journalisation
  • supervision
  • détection d’anomalies.

Ces principes s’appliquent directement aux périphériques d’impression.

Exemple d’application

Une imprimante multifonction conforme aux bonnes pratiques ENISA devrait :

  • être inventoriée
  • être supervisée
  • être segmentée
  • être mise à jour
  • disposer d’une authentification forte pour l’administration.

4.3 Apports du NIST (IoT security, asset management, incident response)

Le NIST fournit plusieurs référentiels directement exploitables pour les imprimantes connectées.

NIST Cybersecurity Framework (CSF)

Les imprimantes réseau s’intègrent dans les cinq fonctions du CSF :

  • Identify → inventaire des périphériques
  • Protect → durcissement et contrôle d’accès
  • Detect → supervision et logs
  • Respond → gestion d’incident
  • Recover → continuité d’activité.

NIST IoT Security Guidance

Les recommandations IoT du NIST couvrent :

  • la gestion des identités des équipements
  • la sécurisation du firmware
  • la configuration réseau
  • la télémétrie.

Une imprimante multifonction correspond parfaitement à ce modèle.

NIST SP 800-53 et gestion des actifs

Plusieurs contrôles sont directement applicables :

  • CM (configuration management)
  • IA (identity and authentication)
  • SC (system communications protection)
  • SI (system integrity).

Pour un RSSI, ces référentiels permettent d’intégrer les périphériques d’impression dans une architecture de contrôle cohérente.

4.4 RGPD et protection des documents imprimés

Le RGPD concerne directement les périphériques d’impression dès lors qu’ils traitent des données personnelles.

Les imprimantes multifonctions peuvent :

  • stocker des documents
  • numériser des pièces d’identité
  • envoyer des documents par e-mail
  • conserver des journaux d’usage.

Elles deviennent donc un sous-système de traitement de données personnelles.

Obligations RGPD pertinentes

  • minimisation des données stockées
  • contrôle d’accès
  • journalisation
  • protection contre l’accès non autorisé
  • politique de conservation
  • effacement sécurisé.

Exemple

Une imprimante RH qui conserve :

  • des bulletins de salaire
  • des contrats
  • des dossiers disciplinaires

sans chiffrement ni politique de purge expose l’organisation à un risque de violation de données personnelles.

Rôle du DPO

Le DPO doit s’assurer que les périphériques d’impression sont :

  • inclus dans la cartographie des traitements
  • intégrés aux DPIA lorsque nécessaire
  • couverts par les politiques de sécurité.

4.5 ISO 27001 / 27002 : gestion des actifs et sécurité réseau

Les normes ISO 27001 et ISO 27002 fournissent un cadre directement applicable aux imprimantes réseau.

Gestion des actifs

Les périphériques d’impression entrent dans :

  • l’inventaire des actifs
  • la classification
  • la gestion du cycle de vie.

Sécurité des communications

Les exigences incluent :

  • chiffrement réseau
  • segmentation
  • contrôle des flux.

Gestion des accès

Les imprimantes doivent respecter :

  • authentification d’administration
  • contrôle d’accès utilisateur
  • journalisation.

Gestion des vulnérabilités

La norme impose :

  • suivi des correctifs
  • gestion des mises à jour firmware
  • surveillance des vulnérabilités.

Message stratégique

Dans une organisation certifiée ISO 27001, ignorer les imprimantes réseau crée une incohérence entre le périmètre documentaire et le périmètre technique réel.

4.6 Audit de sécurité des périphériques connectés

L’audit de sécurité des imprimantes réseau est encore rarement formalisé, mais il devient une pratique recommandée.

Un audit peut couvrir :

Inventaire

  • nombre d’équipements
  • localisation
  • modèles
  • firmware
  • propriétaires.

Configuration

  • comptes par défaut
  • services actifs
  • chiffrement
  • SNMP
  • stockage interne.

Architecture réseau

  • segmentation
  • filtrage
  • exposition externe.

Journalisation

  • logs disponibles
  • intégration SIEM
  • traçabilité.

Cycle de vie

  • gestion des mises à jour
  • procédures de retrait
  • effacement des données.

Pentest interne

Les tests d’intrusion incluent de plus en plus :

  • exploitation d’imprimantes
  • récupération d’identifiants
  • pivot réseau.

👉 Synthèse opérationnelle

Checklist de conformité pour RSSI et responsables IT

La sécurité des imprimantes réseau doit désormais être alignée avec les référentiels ANSSI, ENISA, NIST, ISO et RGPD.

👉 Checklist de conformité

Gouvernance

  • imprimantes incluses dans l’inventaire SI
  • classification des périphériques connectés
  • responsabilités définies.

Configuration

  • comptes par défaut supprimés
  • firmware à jour
  • chiffrement activé
  • stockage sécurisé.

Réseau

  • segmentation dédiée
  • flux contrôlés
  • absence d’exposition Internet.

Supervision

  • logs activés
  • intégration SIEM
  • surveillance SOC.

RGPD

  • politiques de conservation
  • purge des documents
  • contrôle d’accès.

Cycle de vie

  • procédure d’installation sécurisée
  • maintenance contrôlée
  • effacement avant revente.

👉 Message stratégique pour dirigeants

L’alignement avec les référentiels de cybersécurité transforme la protection des imprimantes réseau :

  • d’une activité technique isolée
  • en composante structurée de la gouvernance cyber.

Les organisations les plus matures ne traitent plus les périphériques d’impression comme de simples équipements bureautiques, mais comme des actifs numériques réglementés et supervisés.

Chapitre 5 — Architectures de sécurisation des imprimantes réseau

👉 Approches techniques et organisationnelles

Après avoir identifié les risques et les exigences réglementaires, la question centrale pour la DSI et le RSSI devient opérationnelle : comment sécuriser concrètement un parc d’imprimantes réseau dans un système d’information moderne ?

Ce chapitre présente les architectures techniques de sécurisation, en s’appuyant sur les recommandations ANSSI, ENISA, NIST et ISO 27002, tout en tenant compte des contraintes réelles des organisations (coûts, exploitation, interopérabilité, expérience utilisateur).

L’objectif n’est pas seulement de protéger les imprimantes, mais de réduire leur capacité à devenir un point d’entrée ou de rebond dans le SI.

5.1 Segmentation réseau et VLAN dédiés aux périphériques

La segmentation réseau constitue la première mesure structurante de sécurisation des imprimantes réseau.

Principe d’architecture

Les imprimantes ne doivent pas être connectées au même segment réseau que :

  • les postes utilisateurs,
  • les serveurs métiers,
  • les environnements critiques.

Les bonnes pratiques recommandent la mise en place :

  • d’un VLAN dédié aux périphériques d’impression,
  • de règles de filtrage strictes entre les zones réseau,
  • d’un accès limité aux serveurs d’impression uniquement.

Ce principe s’inscrit directement dans :

  • les recommandations ANSSI de cloisonnement réseau,
  • les contrôles ISO 27002 relatifs à la segmentation,
  • les approches Zero Trust.

Exemple PME

Dans une PME utilisant Microsoft 365 et un serveur d’impression local, les imprimantes peuvent être placées dans un VLAN « périphériques » accessible uniquement depuis :

  • le serveur d’impression,
  • les postes autorisés.

Cela empêche un attaquant ayant compromis une imprimante de scanner librement le réseau interne.

Exemple grand groupe

Dans un grand groupe, l’architecture peut inclure :

  • microsegmentation réseau,
  • firewall interne,
  • NAC (Network Access Control),
  • politiques spécifiques aux IoT.

Implications DSI / RSSI

La segmentation permet :

  • de réduire la surface d’attaque,
  • de contenir les compromissions,
  • d’améliorer la visibilité réseau.

C’est une mesure à fort impact sécurité pour un coût relativement faible.

5.2 Authentification sécurisée pour l’impression

L’impression anonyme est encore très répandue, mais elle constitue un risque majeur.

Authentification utilisateur

Les architectures modernes recommandent :

  • l’authentification via Active Directory ou Azure AD,
  • l’impression sécurisée par badge,
  • l’impression différée (pull printing).

Cela permet :

  • d’éviter l’abandon de documents sensibles,
  • d’assurer la traçabilité,
  • de limiter les usages non autorisés.

Cas secteur public

Dans une collectivité territoriale, l’impression par badge permet de :

  • protéger les documents administratifs,
  • respecter les exigences RGPD,
  • réduire les impressions inutiles.

Intégration IAM

Les solutions d’impression modernes s’intègrent avec :

  • IAM,
  • SSO,
  • MFA dans certains cas.

L’imprimante devient alors un service authentifié du système d’information.

5.3 Chiffrement des flux d’impression et de numérisation

Les flux d’impression sont historiquement peu sécurisés.

Risques des flux non chiffrés

Sans chiffrement :

  • les documents peuvent être interceptés,
  • les identifiants peuvent être exposés,
  • les données peuvent être modifiées.

Protocoles sécurisés

Les architectures modernes privilégient :

  • IPPS (IPP over TLS),
  • HTTPS pour l’administration,
  • SMTPS pour l’envoi d’e-mails,
  • SNMPv3.

Ces recommandations sont alignées avec :

  • NIST IoT Security,
  • ISO 27002,
  • bonnes pratiques éditeurs.

Exemple ETI

Dans une ETI, la migration vers IPPS permet de sécuriser les impressions entre les postes de travail et les serveurs d’impression, notamment pour les télétravailleurs connectés via VPN.

5.4 Gestion centralisée des périphériques d’impression

La gestion manuelle des imprimantes n’est plus viable dans un SI moderne.

Plateformes de gestion

Les solutions de gestion centralisée permettent :

  • inventaire automatique,
  • déploiement de configurations,
  • gestion des mises à jour firmware,
  • supervision,
  • contrôle des accès.

Elles s’intègrent souvent avec :

  • les outils ITSM,
  • les solutions de supervision,
  • les plateformes de sécurité.

Vision RSSI

La gestion centralisée apporte :

  • homogénéité de configuration,
  • réduction des erreurs humaines,
  • capacité de réaction rapide.

Elle répond directement aux exigences ISO et ANSSI sur la gestion des actifs.

5.5 Durcissement firmware et configuration sécurisée

Le durcissement des imprimantes est souvent négligé.

Mesures de durcissement

Les pratiques recommandées incluent :

  • changement des mots de passe par défaut,
  • désactivation des services inutiles,
  • restriction des accès d’administration,
  • mise à jour régulière du firmware,
  • désactivation des ports physiques inutilisés.

Cycle de vie firmware

Le firmware doit être géré comme un système d’exploitation :

  • suivi des vulnérabilités,
  • mises à jour planifiées,
  • validation avant déploiement.

Exemple organisation publique

Dans une administration, la mise en place d’un référentiel de configuration standardisé permet d’assurer un niveau de sécurité homogène sur l’ensemble du parc.

5.6 Supervision et journalisation des activités d’impression

La journalisation est essentielle pour détecter les incidents.

Événements à surveiller

Les imprimantes peuvent générer :

  • journaux d’authentification,
  • logs d’impression,
  • événements système,
  • alertes de sécurité.

Ces données peuvent être envoyées vers :

  • un SIEM,
  • une plateforme SOC,
  • un outil de supervision.

Cas grand groupe

Dans un SOC, les logs d’imprimantes peuvent permettre de détecter :

  • une activité anormale,
  • une tentative d’accès administrateur,
  • une modification de configuration.

Cela renforce la capacité de détection globale.

5.7 Sécurisation des impressions cloud

L’impression cloud introduit de nouveaux risques.

Risques spécifiques

Les principaux enjeux concernent :

  • les flux Internet,
  • l’authentification,
  • la dépendance aux fournisseurs cloud,
  • la conformité réglementaire.

Bonnes pratiques

La sécurisation passe par :

  • authentification forte,
  • chiffrement des communications,
  • contrôle d’accès,
  • journalisation des activités.

Les services comme Universal Print ou solutions SaaS d’impression doivent être intégrés dans la gouvernance cloud.

Exemple entreprise multi-sites

Pour une entreprise distribuée, l’impression cloud permet de simplifier l’architecture tout en maintenant un contrôle centralisé, à condition que la sécurité soit correctement configurée.

👉 Synthèse opérationnelle

Arbitrages techniques pour la DSI

La sécurisation des imprimantes réseau repose sur une combinaison de mesures d’architecture, de configuration et de supervision.

Priorités techniques structurantes

Pour la majorité des organisations, les mesures à plus fort impact sont :

  • segmentation réseau des imprimantes,
  • authentification des utilisateurs,
  • chiffrement des flux,
  • gestion centralisée,
  • durcissement des configurations,
  • supervision et journalisation.

Vision stratégique

Les imprimantes doivent être considérées comme :

  • des équipements IoT professionnels,
  • des actifs du SI,
  • des points potentiels d’entrée ou de fuite de données.

Une architecture de sécurisation efficace ne repose pas sur une solution unique, mais sur une approche en profondeur (defense-in-depth).

👉 Message pour la direction

Sécuriser les imprimantes n’est pas un projet technique isolé.
C’est une brique de la stratégie globale de sécurité du système d’information.

Dans le prochain chapitre, nous aborderons la gouvernance, les politiques de sécurité et le pilotage de la sécurité des périphériques connectés.

Chapitre 6 — Gouvernance et politiques de sécurité des périphériques

👉 Transformer un angle mort en processus maîtrisé

La sécurisation technique des imprimantes réseau n’est efficace que si elle s’inscrit dans une gouvernance claire et durable.
Dans de nombreuses organisations, les périphériques d’impression restent en dehors des processus formels de sécurité du système d’information. Ils sont souvent gérés par les services généraux, les équipes bureautiques ou des prestataires externes, sans pilotage cyber structuré.

Pour la DSI et le RSSI, l’enjeu consiste à intégrer pleinement les périphériques connectés dans la gouvernance du SI, au même titre que les postes de travail, serveurs ou applications.

Ce chapitre décrit comment transformer ces équipements en actifs maîtrisés du point de vue sécurité, conformité et exploitation.

6.1 Politique de sécurité des périphériques connectés

La première étape consiste à formaliser une politique de sécurité des périphériques connectés, intégrée à la PSSI (Politique de Sécurité du Système d’Information).

Objectifs de la politique

Une politique dédiée doit définir :

  • les exigences de sécurité minimales pour les imprimantes et périphériques,
  • les règles d’intégration au réseau,
  • les exigences d’authentification et de journalisation,
  • les règles de mise à jour firmware,
  • les exigences de segmentation réseau,
  • les responsabilités organisationnelles.

Cette approche est cohérente avec :

  • les recommandations ANSSI sur la gouvernance des équipements connectés,
  • ISO 27002 (gestion des actifs et sécurité réseau),
  • NIST IoT Security Guidance.

Exemple ETI

Dans une ETI industrielle, une politique dédiée aux équipements connectés peut inclure :

  • imprimantes,
  • scanners réseau,
  • terminaux de production,
  • objets IoT métiers.

Cela permet d’éviter que chaque direction déploie ses propres équipements sans contrôle.

Implication RSSI

Le RSSI doit s’assurer que les périphériques :

  • sont inclus dans la cartographie des risques,
  • disposent d’exigences de sécurité définies,
  • sont audités régulièrement.

6.2 Gestion du cycle de vie des imprimantes

Une imprimante doit être gérée comme un actif IT complet.

Phases du cycle de vie

Le cycle de vie inclut :

  • acquisition,
  • intégration réseau,
  • exploitation,
  • maintenance,
  • retrait et destruction.

Chaque phase comporte des exigences de sécurité spécifiques.

Acquisition

Lors de l’achat, les critères doivent inclure :

  • capacité de mise à jour firmware,
  • chiffrement des données,
  • authentification intégrée,
  • conformité aux standards de sécurité.

Les référentiels ENISA et NIST recommandent d’intégrer la sécurité dès la phase d’approvisionnement.

Exploitation

Pendant le cycle de vie opérationnel :

  • les mises à jour doivent être suivies,
  • les configurations contrôlées,
  • les accès administrateurs limités.

Fin de cycle de vie

La fin de cycle de vie est souvent critique, notamment pour les imprimantes disposant :

  • de disques internes,
  • de mémoire persistante.

Les bonnes pratiques incluent :

  • effacement sécurisé des données,
  • destruction ou reconditionnement sécurisé,
  • retrait des certificats et comptes.

Cas organisation publique

Dans une administration, la gestion de fin de vie des imprimantes est essentielle pour éviter la fuite de documents administratifs ou de données personnelles.

6.3 Gestion des accès et des droits d’impression

La gestion des accès est un élément central de la sécurité des imprimantes.

Principes de contrôle d’accès

Les bonnes pratiques incluent :

  • authentification utilisateur obligatoire,
  • séparation des droits administrateurs,
  • limitation des accès aux fonctions sensibles,
  • journalisation des actions.

Ces mesures s’alignent avec les principes de :

  • moindre privilège,
  • traçabilité,
  • responsabilité utilisateur.

Impression sécurisée

L’impression par badge ou authentification forte permet :

  • de protéger les documents confidentiels,
  • de limiter les impressions non autorisées,
  • de tracer les usages.

Exemple grand groupe

Dans une banque, les impressions de documents sensibles (contrats, relevés, dossiers clients) peuvent être restreintes à certains profils utilisateurs.

Cela réduit le risque de fuite d’information.

6.4 Responsabilités DSI, RSSI et métiers

La gouvernance des imprimantes implique plusieurs acteurs.

Rôle de la DSI

La DSI est responsable :

  • de l’intégration technique,
  • de la configuration réseau,
  • de la supervision,
  • de la maintenance.

Rôle du RSSI

Le RSSI assure :

  • l’analyse de risques,
  • la définition des exigences de sécurité,
  • les audits,
  • le suivi de conformité.

Rôle des métiers

Les directions métiers doivent :

  • respecter les politiques d’impression,
  • éviter l’installation de périphériques non autorisés,
  • protéger les documents sensibles.

Risque organisationnel fréquent

Dans de nombreuses organisations, les imprimantes sont gérées :

  • par les services généraux,
  • par un prestataire,
  • sans pilotage cyber.

Cette situation crée un angle mort de gouvernance.

6.5 Intégration dans la gestion des actifs IT

Les imprimantes doivent être intégrées dans la gestion des actifs du SI.

Inventaire des actifs

Les référentiels ISO 27001 et NIST insistent sur la nécessité d’un inventaire complet incluant :

  • imprimantes réseau,
  • scanners,
  • périphériques IoT professionnels.

Sans inventaire fiable, la sécurité devient impossible à piloter.

CMDB et outils d’inventaire

Les imprimantes doivent être intégrées :

  • à la CMDB,
  • aux outils de découverte réseau,
  • aux solutions de gestion des actifs.

Vision RSSI

Un périphérique non inventorié doit être considéré comme un risque.

6.6 Gestion des prestataires d’impression

De nombreuses organisations externalisent la gestion des imprimantes.

Risques liés aux prestataires

Les prestataires peuvent avoir :

  • des accès administrateurs,
  • des accès réseau,
  • des accès aux données.

Cela introduit un risque supply chain.

Mesures de gouvernance

Les contrats doivent inclure :

  • exigences de sécurité,
  • journalisation des interventions,
  • gestion des accès,
  • obligations de confidentialité.

Ces pratiques sont cohérentes avec :

  • ISO 27002 (gestion des fournisseurs),
  • recommandations ANSSI.

Exemple ETI

Une ETI utilisant un service d’impression managé peut exiger :

  • authentification forte pour les techniciens,
  • accès réseau temporaire,
  • supervision des interventions.

👉 Synthèse opérationnelle

Modèle de gouvernance cible

La sécurité des imprimantes réseau repose autant sur la gouvernance que sur la technique.

Modèle cible

Une organisation mature doit :

  • intégrer les périphériques dans la PSSI,
  • gérer leur cycle de vie,
  • contrôler les accès,
  • maintenir un inventaire fiable,
  • superviser les activités,
  • encadrer les prestataires.

👉 Vision stratégique pour dirigeants

Les imprimantes réseau doivent être considérées comme :

  • des actifs IT,
  • des équipements IoT,
  • des points potentiels de fuite d’information.

Les ignorer crée un risque organisationnel réel.

👉 Message pour la DSI et le RSSI

La sécurisation durable des périphériques connectés repose sur :

  • des politiques formalisées,
  • une gouvernance claire,
  • une intégration dans les processus IT existants.

Ce n’est qu’à cette condition que la sécurité des imprimantes cesse d’être un sujet ponctuel pour devenir un processus maîtrisé et auditable.

Chapitre 7 — Déploiement opérationnel et exploitation

👉 Mettre en œuvre la sécurité dans la réalité terrain

Après la définition des architectures de sécurité et de la gouvernance, l’enjeu devient opérationnel : transformer les principes en pratiques concrètes, mesurables et durables.
Dans la majorité des organisations, la sécurisation des imprimantes réseau ne relève pas d’un projet isolé, mais d’un programme progressif d’intégration dans la sécurité du système d’information.

Ce chapitre détaille les étapes permettant à une DSI et à un RSSI de déployer une sécurité efficace des périphériques d’impression, adaptée à la maturité de l’organisation et alignée avec les référentiels ANSSI, ENISA et NIST.

7.1 Cartographie et inventaire des périphériques

La première étape opérationnelle consiste à obtenir une visibilité complète sur les équipements existants.

Sans inventaire fiable, aucune politique de sécurité ne peut être appliquée de manière cohérente.

Découverte des équipements

Dans de nombreuses organisations, les imprimantes sont :

  • déployées historiquement,
  • gérées par plusieurs entités,
  • parfois non documentées.

Une cartographie doit identifier :

  • imprimantes réseau,
  • multifonctions,
  • scanners connectés,
  • serveurs d’impression,
  • solutions d’impression cloud.

Les méthodes de découverte incluent :

  • scan réseau,
  • interrogation SNMP,
  • inventaire Active Directory,
  • outils de gestion de parc,
  • solutions NAC.

Le NIST insiste, dans ses recommandations sur la gestion des actifs, sur la nécessité d’un inventaire dynamique et maintenu dans le temps.

Exemple PME

Dans une PME multisites, un scan réseau peut révéler :

  • des imprimantes obsolètes,
  • des équipements exposés sur plusieurs VLAN,
  • des configurations non conformes.

Cette étape constitue souvent une prise de conscience organisationnelle.

7.2 Plan de sécurisation progressif

Une fois la cartographie réalisée, la DSI doit établir un plan de sécurisation réaliste.

L’approche doit être progressive pour éviter les ruptures de service.

Priorisation par niveau de risque

La priorisation peut s’appuyer sur :

  • la criticité métier,
  • l’exposition réseau,
  • la sensibilité des documents traités,
  • l’ancienneté des équipements.

Exemple :

  • imprimantes RH ou finance → priorité élevée
  • imprimantes d’accueil → priorité moyenne
  • imprimantes isolées → priorité faible

Cette approche s’inscrit dans une logique de gestion des risques recommandée par ISO 27005.

Étapes typiques d’un plan de sécurisation

Un plan de sécurisation inclut généralement :

  • mise à jour firmware,
  • désactivation des protocoles non sécurisés,
  • segmentation réseau,
  • activation de l’authentification,
  • déploiement de la journalisation.

Dans un grand groupe, ce plan peut être déployé par vagues sur plusieurs mois.

7.3 Intégration avec SIEM, EDR et SOC

Pour atteindre un niveau de maturité élevé, les imprimantes doivent être intégrées dans l’écosystème de supervision de sécurité.

Journalisation des événements

Les imprimantes modernes peuvent générer :

  • logs d’authentification,
  • logs d’impression,
  • événements d’administration,
  • alertes système.

Ces logs peuvent être envoyés vers :

  • un SIEM,
  • une plateforme de monitoring,
  • un SOC.

Le NIST recommande la centralisation des journaux pour améliorer la détection des incidents.

Corrélation avec les événements de sécurité

Exemple :

  • authentification suspecte sur une imprimante,
  • activité réseau anormale,
  • tentative de connexion depuis un poste compromis.

La corrélation permet de détecter un mouvement latéral.

Limites opérationnelles

Certaines imprimantes anciennes :

  • ne produisent pas de logs exploitables,
  • ne supportent pas les protocoles modernes.

Cela doit être intégré dans la stratégie de renouvellement.

7.4 Gestion des incidents liés aux imprimantes

Les imprimantes doivent être incluses dans les procédures de réponse aux incidents.

Scénarios d’incident possibles

Exemples :

  • compromission d’une imprimante,
  • interception de documents,
  • utilisation comme point de pivot,
  • modification de configuration,
  • impression non autorisée.

Ces scénarios doivent être intégrés dans les plans de réponse aux incidents.

Le NIST SP 800-61 recommande d’intégrer tous les actifs connectés dans la gestion des incidents.

Réponse opérationnelle

Une procédure type peut inclure :

  • isolement réseau de l’imprimante,
  • analyse des journaux,
  • vérification firmware,
  • réinitialisation sécurisée,
  • analyse du réseau local.

Exemple secteur public

Dans une collectivité, une imprimante compromise peut servir de point d’entrée vers le réseau administratif.
L’absence de procédure spécifique ralentit fortement la réponse à incident.

7.5 Sensibilisation des utilisateurs

La sécurité des imprimantes dépend également des comportements utilisateurs.

Risques liés aux usages

Les utilisateurs peuvent :

  • laisser des documents confidentiels sur les bacs d’impression,
  • utiliser des imprimantes non autorisées,
  • envoyer des documents sensibles vers des services externes.

Ces comportements créent des risques organisationnels.

Actions de sensibilisation

Les programmes de sensibilisation peuvent inclure :

  • impression sécurisée,
  • gestion des documents sensibles,
  • bonnes pratiques d’utilisation des scanners,
  • signalement d’anomalies.

Dans une organisation mature, la sécurité des imprimantes est intégrée aux formations cybersécurité.

7.6 Mesure de la posture de sécurité dans le temps

Une sécurité durable nécessite des indicateurs de suivi.

Indicateurs de maturité

Les indicateurs peuvent inclure :

  • taux d’imprimantes inventoriées,
  • taux de firmware à jour,
  • taux d’authentification activée,
  • nombre d’incidents liés aux périphériques,
  • couverture de journalisation.

Ces indicateurs permettent au RSSI de piloter la sécurité.

Audit et amélioration continue

Les audits périodiques doivent vérifier :

  • conformité aux politiques,
  • configuration des équipements,
  • gestion des accès,
  • journalisation.

Cette approche correspond aux cycles d’amélioration continue recommandés par ISO 27001.

👉 Synthèse opérationnelle

Facteurs clés de succès du déploiement

Le déploiement opérationnel de la sécurité des imprimantes réseau repose sur une combinaison de visibilité, de priorisation et de supervision.

Facteurs clés de réussite

Une organisation mature doit :

  • disposer d’un inventaire fiable,
  • prioriser la sécurisation par le risque,
  • intégrer les imprimantes dans la supervision sécurité,
  • inclure ces équipements dans la gestion des incidents,
  • sensibiliser les utilisateurs,
  • mesurer la posture de sécurité dans la durée.

👉 Vision stratégique pour la DSI

La sécurisation des imprimantes n’est pas un projet ponctuel mais un processus d’exploitation continue, comparable à la gestion des postes de travail ou des serveurs.

👉 Message pour les dirigeants

Les imprimantes réseau représentent un exemple concret d’actifs longtemps négligés mais désormais intégrés dans la surface d’attaque du système d’information.

Les organisations qui réussissent leur transformation cyber sont celles qui :

  • traitent ces équipements comme des actifs IT,
  • les intègrent dans leur supervision,
  • pilotent leur sécurité dans la durée.

Chapitre 8 — Évolutions technologiques et risques futurs

👉 Anticiper les prochaines vulnérabilités

Alors que les imprimantes réseau et périphériques connectés ont longtemps été considérés comme des “angles morts” de la cybersécurité, les évolutions technologiques accélèrent leur exposition. Ce chapitre analyse les tendances majeures, les risques émergents et les stratégies de veille à adopter pour anticiper les vulnérabilités, en combinant vision stratégique et opérationnelle pour les RSSI et DSI.

8.1 Imprimantes cloud et services d’impression managés

Les services d’impression cloud et les solutions managées deviennent des standards dans les organisations de toutes tailles.

Nouveaux vecteurs de risque

  • Les documents transitent désormais via des infrastructures cloud externes, parfois multi-tenant.
  • Les mises à jour firmware et les configurations sont centralisées, mais dépendent de la sécurité du fournisseur.
  • Les API cloud ouvertes peuvent introduire des surfaces d’attaque supplémentaires.

Exemples métiers

Dans une ETI européenne, le passage à un service cloud d’impression pour les équipes commerciales a permis un gain de productivité, mais a également exposé des documents clients sensibles à une mauvaise configuration des droits d’accès.

Implications DSI/RSSI

  • Vérifier les contrats de service et la conformité aux normes ISO/IEC 27017/27018.
  • Mettre en place un suivi des journaux et alertes sur les services cloud.
  • Intégrer la supervision dans le SOC de l’organisation.

8.2 IoT professionnel et multiplication des périphériques connectés

L’IoT professionnel se développe au-delà des imprimantes : scanners intelligents, bornes interactives, périphériques multifonctions connectés.

Tendances

  • Chaque périphérique devient potentiellement un point d’entrée dans le SI.
  • Les protocoles IoT ne suivent pas toujours les standards de sécurité IT classiques.
  • La multiplicité des équipements augmente la complexité de la gestion et du suivi.

Cas concret

Dans un grand groupe public, des périphériques de numérisation connectés ont été exploités pour accéder au réseau interne, soulignant l’importance de l’inventaire et de la segmentation réseau.

Implications DSI/RSSI

  • Extension du périmètre de gestion des actifs IT aux périphériques IoT.
  • Application de politiques de segmentation et micro-segmentation.
  • Renforcement des procédures d’authentification et chiffrement pour tous les équipements connectés.

8.3 Automatisation documentaire et nouveaux risques

Les solutions d’automatisation documentaire (workflow d’impression, capture automatique, intégration ERP/CRM) introduisent de nouveaux risques :

Vecteurs émergents

  • Scripts automatisés qui récupèrent et stockent des documents sensibles.
  • Flux de données automatisés exposés à des API externes ou à des services cloud.
  • Multiplication des comptes de service avec droits d’accès élevés.

Exemple métier

Une PME utilisant un flux automatisé de numérisation vers son ERP a subi un incident où un compte de service compromis a permis l’exfiltration de données financières sensibles.

Implications DSI/RSSI

  • Revue des droits des comptes de service et intégration dans la gestion IAM.
  • Suivi de l’activité automatisée dans le SIEM.
  • Audit périodique des workflows documentaires.

8.4 Zero Trust appliqué aux périphériques

Le modèle Zero Trust s’impose comme la meilleure pratique pour sécuriser les périphériques connectés.

Principes applicables aux imprimantes et périphériques

  • Vérification stricte de l’identité de chaque périphérique.
  • Micro-segmentation réseau pour limiter les mouvements latéraux.
  • Journalisation continue et contrôle d’accès dynamique.

Exemple pratique

Un grand groupe européen a isolé tous les périphériques d’impression sur des VLAN dédiés avec authentification renforcée et suivi des logs vers le SOC. Résultat : détection précoce de tentatives d’accès non autorisées.

Implications DSI/RSSI

  • Intégration des périphériques dans le référentiel Zero Trust.
  • Mise en place de politiques d’accès basées sur le contexte et le risque.
  • Supervision continue avec alertes sur comportement anormal.

8.5 Réglementations futures sur la sécurité IoT

Les législations et référentiels évoluent pour encadrer la sécurité des périphériques connectés.

Tendances réglementaires

  • Directive européenne NIS2 : renforcement des obligations de cybersécurité pour les services essentiels.
  • Certification de sécurité IoT attendue pour certains équipements professionnels.
  • Normes ISO et ENISA en cours de mise à jour sur la gestion des périphériques connectés.

Implications DSI/RSSI

  • Anticiper les audits et certifications pour les périphériques réseau.
  • Revoir les politiques internes pour respecter les futures exigences.
  • Assurer la traçabilité et la preuve de conformité pour les inspections réglementaires.

👉 Synthèse opérationnelle

Axes de veille stratégique pour RSSI et DSI

  1. Surveillance des services cloud et imprimantes managées
    Intégrer le suivi des journaux cloud et des flux de données dans le SOC.
  2. Gestion proactive de l’IoT professionnel
    Maintenir un inventaire dynamique et appliquer la segmentation réseau.
  3. Audit des automatisations documentaires
    Contrôler les workflows et les comptes de service à haut privilège.
  4. Application du Zero Trust
    Authentification forte, micro-segmentation et journalisation continue pour tous les périphériques.
  5. Anticipation réglementaire
    Suivre l’évolution de la NIS2, des normes ISO et des certifications IoT pour préparer la conformité à venir.

👉 Vision stratégique

Les imprimantes et périphériques connectés ne sont plus de simples équipements périphériques. Ils deviennent des actifs critiques dans le SI moderne, et leur sécurité doit être anticipée par des politiques, architectures et processus adaptés.

L’objectif pour la DSI et le RSSI est de transformer cette surface d’attaque potentielle en vecteur de confiance et de résilience, en combinant technologie, gouvernance et veille réglementaire.

Conclusion

👉 Sécuriser les périphériques connectés : un enjeu de maturité cyber

À l’ère de la transformation numérique, les imprimantes réseau et périphériques connectés ne peuvent plus être considérés comme de simples accessoires du système d’information. La multiplication des équipements, leur intégration dans les flux métier critiques et leur exposition aux menaces internes et externes en font aujourd’hui des actifs à part entière du SI. Les décisions relatives à leur sécurité dépassent le cadre technique et doivent être intégrées dans la gouvernance stratégique de l’entreprise.

👉 Les périphériques comme actifs à part entière du SI

Chaque périphérique connecté représente une surface d’attaque potentielle, mais aussi un vecteur stratégique de continuité d’activité. Les imprimantes multifonctions, scanners connectés, terminaux d’impression cloud ou bornes IoT sont désormais des systèmes embarqués sophistiqués capables de stocker et de transmettre des informations sensibles. Ignorer leur sécurité revient à laisser un angle mort exploitable par des attaquants, susceptible de compromettre des données sensibles, des processus métiers et la réputation de l’organisation.

L’inclusion de ces périphériques dans le référentiel des actifs critiques, avec suivi, segmentation et contrôles de sécurité, devient une condition sine qua non pour la résilience du SI.

👉 Responsabilité stratégique des dirigeants

La sécurisation des périphériques connectés n’est pas un sujet purement technique : elle relève directement des choix stratégiques du COMEX et de la DSI. Les dirigeants doivent comprendre que l’exposition de ces équipements peut impacter la continuité d’activité, la conformité réglementaire et la confiance des partenaires. La sécurité devient ainsi un levier de gouvernance, où la décision de prioriser les investissements, de définir des politiques de sécurité robustes et de suivre les indicateurs opérationnels relève de leur responsabilité directe.

👉 Intégration dans la résilience numérique

Les périphériques connectés doivent être intégrés dans une approche globale de résilience numérique. Cela implique :

  • Inventaire et cartographie exhaustifs des équipements et de leurs flux de données.
  • Politiques de gestion des droits et des accès alignées sur les bonnes pratiques Zero Trust.
  • Surveillance et journalisation continue, incluant les incidents et anomalies spécifiques aux périphériques.
  • Plans de continuité d’activité prenant en compte la disponibilité et l’intégrité des services d’impression et de numérisation.

Cette approche garantit que la cybersécurité n’est pas une réaction aux incidents, mais un processus proactif et intégré au SI.

👉 Sécurité des équipements connectés comme levier de confiance

Enfin, la sécurisation des périphériques connectés est un levier de confiance pour l’ensemble des parties prenantes : collaborateurs, clients, régulateurs et partenaires. La maîtrise de cette surface d’attaque contribue non seulement à réduire les risques opérationnels, mais également à valoriser la maturité cyber de l’organisation comme un facteur différenciant sur le marché.

En combinant gouvernance, architecture, exploitation et veille réglementaire, les RSSI et DSI peuvent transformer ces équipements traditionnellement négligés en éléments de sécurité active et de performance métier.

👉 Synthèse stratégique :
Les imprimantes et périphériques connectés ne sont plus des périphériques passifs. Leur sécurisation est un enjeu stratégique, opérationnel et réglementaire qui doit être pris en compte dans la planification de la cybersécurité, le pilotage des risques et la transformation numérique des organisations. Intégrer ces équipements dans le périmètre de confiance du SI renforce la résilience globale, la conformité et la confiance des parties prenantes, tout en consolidant la posture cyber de l’entreprise à long terme.

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